L'ordre royal de l'Eléphant Blanc du royaume de Siam - Thaïlande

 

Exposé de Jean-Claude Gelhaar dans le cadre du 8e congrès européen de phaléristique organisé à Paris par la Société des amis du musée de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie

 

 

 

L’ordre de l’Éléphant Blanc est sans aucun doute la distinction honorifique du Siam1 la plus connue à l’étranger. Ceci tient certainement à son nom chargé d’exotisme, au symbolisme peu commun de ses insignes, et, d’un point de vue plus spécifiquement français, à l’apparente similitude d’appellation et d’aspect que cette récompense a pu parfois susciter avec l’ordre du Million d’Éléphants et du Parasol Blanc de son voisin laotien, bien connu de notre nomenclature coloniale.

 

L’étude de cet ordre s’avère cependant assez complexe du fait des nombreuses réformes traversées depuis sa création au milieu du XIXe siècle et de la parcimonie des informations textuelles disponibles, presque toutes en langue thaïe et parfois discordantes.

Les illustrations quant à elles posent de vrais problèmes de disponibilité pour les premières années de son existence, car les collections documentées sont très rares sur ce sujet et les ventes publiques peu alimentées par ces premiers insignes.

 

Le but de cet article est d’apporter une contribution aisément accessible à l’étude de cet ordre sans prétendre à l’exhaustivité du traitement d’un sujet qui pourrait aisément nécessiter des dizaines de pages de texte et d’illustrations pour y parvenir.

 

Dans un premier temps, nous proposons de parcourir le contexte politique et culturel sur lequel cette distinction a construit ses fondations, avant d’aborder le déroulé chronologique de son histoire dans le cadre plus général de la constitution des premières récompenses honorifiques de style occidental au Siam.

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Le contexte politique et culturel - Le Siam au XIXe siècle

 

  1. L’environnement politique – Les rois Rama IV et Rama V –

 

Dans la dynastie Chakri fondée en 1782, deux monarques d’exception et successifs se distinguent au XIXe siècle, les rois Rama IV et Rama V2. Ils vont jouer un rôle considérable dans la modernisation et l’ouverture du pays et encore plus important dans le sujet qui nous intéresse au premier plan, à savoir la constitution d’un système de récompenses honorifiques.

 

  • Rama IV “Mongkut”

 

Né en 1804, second fils du roi Rama II, son nom le plus usité à l’époque était « Phra Chlom Klao », mais aussi « Mongkut », ce dernier signifiant « couronne » en langue thaïe, nom concis sous lequel il fut popularisé en Europe.

 

Il rentre au monastère à l’âge de vingt ans et conservera ce statut de moine pendant vingt-sept ans avant d’être choisi pour succéder à son demi-frère défunt, le roi Nangklao. Cette longue période de vie studieuse et retirée de la politique lui permettra de s’ouvrir sur les savoirs occidentaux très présents à Bangkok à cette époque du fait de l’arrivée sans cesse croissante de visiteurs européens et américains. Le contact avec les missionnaires fut particulièrement régulier et enrichissant3.

 

C’est un monarque tardif, mais très versé dans l’étude de la langue anglaise4, du latin, des mathématiques et de l’astronomie qui accède au trône en 1851 à l’âge de quarante-sept ans.

 

Son règne qui se terminera en 1868 à l’âge de soixante-quatre ans a été marqué par sa volonté de promouvoir de nombreuses réformes structurelles dans des domaines aussi divers que l’éducation, la défense, le commerce international, le système monétaire et surtout d’ouvrir le Siam sur le monde moderne. C’est dans ce contexte que se situe la modernisation de l’ordre des Neuf Gemmes (1858) et la création de l’ordre de l’Éléphant Blanc (1861).

 

  • Rama V “Chulalongkorn”

 

Né en 1853, fils du roi Rama IV Mongkut. Il est plus connu de manière posthume sous l’un de ses prénoms Chulalongkorn que sous le nom officiel plus usité de son vivant de « Phra Phuttha Chaolouang » ou « Phra Chula Chomklao Chaoyuhua ».

 

Il rejoint le noviciat monacal pour une courte période de six mois en 1866-67.

Il fut couronné roi du Siam en 18735 après une période de régence de cinq ans qu’il mit judicieusement à profit pour voyager en Asie (Inde, Singapour, Java) et étudier le fonctionnement de l’administration coloniale anglaise et hollandaise.

 

Il fut le véritable réformateur du Siam qui connut de profonds changements administratifs et organisationnels sous son règne : système de collecte des impôts, défense nationale, administration territoriale, système judiciaire, éducation, abolition de l’esclavage et de la corvée... Ces réformes furent parfois très mal reçues par la société thaïe (révoltes de 1901-1902).

 

Son habileté politique à éviter la colonisation qui menaçait le Siam ne put s’affranchir d’abandons territoriaux (Cambodge en 1867 et Laos en 1893 au profit de la France, états malais en 1909 au profit de la Grande-Bretagne). La recherche de soutiens auprès des autres puissances étrangères s’effectua par des voyages en Europe en 1897 et 1907 et par le recours à de nombreux conseillers étrangers de haut rang qui accéléraient l’évolution du pays tout en lui assurant une protection implicite par leur présence à la cour6.

 

Il fut le promoteur d’un système complexe de récompenses honorifiques qui vit l’apparition des premières médailles commémoratives (anniversaires et jubilées, campagnes militaires…) et de nombreux ordres dynastiques ou de mérite : ordre de la Couronne de Siam en 1869, ordre de Chula Chom Klao (son propre nom) en 1873, ordre de la Maison Royale de Chakri en 1882. Tous ces ordres sont encore décernés aujourd’hui bien que leur précédence ait changé au fil du temps.

 

Son décès en 1910, après un règne de plus de quarante-deux ans, marqua le début d’un véritable culte pour ce grand personnage considéré comme le plus important monarque de toute l’histoire du royaume.

 

1 – 2  L’environnement culturel – Symbolisme religieux et profane

 

Dire que la religion occupe une place centrale dans la société thaïe revient à énoncer une banalité tant la présence du fait religieux cadence la vie quotidienne du pays. Le courant dit « Theravada » du bouddhisme en constitue la composante dominante tout en véhiculant un fort substrat hindouiste. Ces deux courants spirituels ont laissé leur marque sur la symbolique de l’ordre de l’Éléphant Blanc.

 

1-21 L’Éléphant Blanc. Du point de vue zoologique, l’éléphant blanc n’est rien d’autre qu’un éléphant albinos auquel des vertus magiques ou divines ont été accordées au fil du temps et des croyances. La possession d’un tel animal a souvent constitué un enjeu de pouvoir spirituel et de richesses matérielles entre puissances rivales de cette région. Aujourd’hui encore, la résidence royale de Bangkok comporte un enclos réservé aux éléphants blancs du monarque.

 

Dans la tradition bouddhiste, un éléphant blanc approcha et toucha avec une fleur de lotus le flanc de la reine Mahamaya endormie, enclenchant ainsi le processus de fertilisation qui mit au monde le Bouddha. L’association entre cet animal légendaire et le Bouddha est ainsi établie.

 

Cet éléphant blanc est généralement représenté de profil, tête orientée vers la droite. Positionné sur un fond rouge, il a constitué le motif distinctif du drapeau national ou « thong chang » du Siam de 1855 à 1917 après avoir été celui de sa marine de guerre, en remplacement d’un drapeau uniformément rouge qui ne se distinguait pas assez de celui utilisé par les pirates des côtes malaises au XIXe siècle.

 

Dans la tradition hindouiste, un animal mythique constitue la monture du dieu Indra, divinité des tempêtes et de la guerre. Sa représentation simplifiée nous le montre sous la forme d’un éléphant blanc à trois têtes. Son nom en sanskrit, langue sacrée indienne, est « Airavata ». En langue thaïe, le nom de cet animal fabuleux est « Aïrapot » ou « Erawan ». Bien qu’issu du panthéon hindouiste, les pratiquants bouddhistes lui consacrent de nombreux autels et cérémonies cultuelles en Thaïlande7.

 

Du point de vue héraldique, cet éléphant tricéphale occupait la place la plus importante sur les armes du royaume en incarnant l’union du nord, du centre et du sud du pays. Cette symbolique était partagée avec d’autres états et territoires limitrophes (royaume de Lan Na, royaume du Laos…) qui avaient aussi adopté cette symbolique comme distinctive de leur autorité.

 

À cette double représentation de l’éléphant blanc, bouddhiste et hindouiste, s’ajoutent d’autres éléments symboliques issus du contexte bouddhiste ou plus profane, bien que la frontière entre ces deux sphères soit discutable à l’infini.

 

1-22 La fleur de lotus. Elle est l’un des huit symboles auspicieux ou « padma » du bouddhisme où elle représente le progrès de l’âme qui doit s’élever par l’expérience au-dessus du monde d’ici-bas pour atteindre la sagesse et la beauté intérieure, de même que la fleur de lotus qui pousse dans des terrains marécageux parvient à s’élever au-dessus de ces eaux boueuses pour dévoiler sa beauté et s’orienter vers le soleil. Cette fleur est associée au mythe de la naissance du Bouddha, comme mentionné précédemment.

 

1-23 La grande couronne de la victoire ou « maha phichai mongkut » est le plus important objet symbolique parmi les cinq composant les accessoires du rituel (avec le sabre, le sceptre, le chasse-mouches, l’éventail, les chaussons dorés) mis en œuvre lors de la cérémonie du couronnement royal.

 

1-24 Le parasol royal de soie blanche. C’est un symbole de la royauté qui est issu de la tradition hindouiste - où il se nomme « chattra » - et bouddhiste. Il constitue une marque d’honneur et de protection spirituelle, la partie supérieure représentant la sagesse, et les bordures latérales la compassion. Dans la symbolique siamoise, nous rencontrons des parasols comportant différents niveaux (un seul, cinq, sept, neuf) en fonction du statut de l’élément qu’ils encadrent. Ils sont normalement représentés isolément, en paire ou en groupe de quatre.

 

1-25 Le trône. Différents types de trônes sont utilisés dans la symbolique royale thaïe : le trône octogonal qui représente les huit nobles cheminements de l’enseignement bouddhiste, le trône dit « Bahadrabith » qui est utilisé lors de la cérémonie de couronnement du roi, et le grand trône de l’hibiscus doré qui est réservé aux audiences d’État.

 

2 - Les premières distinctions et les insignes de mérite sous le règne de RAMA IV et RAMA V

 

2 - 1 Les premières “Dharas Aïrapot” du roi Rama IV Mongkut

 

Bien informé et conseillé sur les pratiques protocolaires des cours d’Europe, le roi Mongkut prit la décision en 1857 de créer une récompense réservée à son entourage immédiat.

 

Cette précieuse distinction fut nommée « Dhara Aïrapot », renvoyant ainsi à une étoile ou plaque « dhara » et à l’éléphant tricéphale Aïrapot de la tradition hindouiste. Il est rapporté que le roi Mongkut institua un modèle spécifique pour son usage personnel et un autre type pour le vice-roi Pin Klao qui était son frère, chaque type comprenant un modèle luxueux pour les cérémonies et un modèle plus simple pour le port quotidien8. Ce sont ces deux modèles simplifiés qui ont constitué les deux premiers grades de cette distinction lorsqu’elle fut ouverte aux personnages de haut rang du royaume.

Le dessin général de cet insigne et ses éléments décoratifs reprennent les éléments symboliques que nous avons annoncés et qui figuraient sur le plus important des quatre sceaux royaux utilisés pour valider les édits de la cour. Ce grand sceau royal nommé « Phra Ratcha Lanchakon Aïrapot » englobe toute la symbolique de la royauté siamoise reproduite sur les « Dharas Aïrapot » : l’éléphant Aïrapot central debout sur un trône et portant sur son dos un autel rayonnant de la grande couronne de la victoire, quatre parasols latéraux à sept niveaux9, la bordure extérieure du sceau ornée de fleurs de lotus.

 

2 - 2 L’ordre des Neuf Gemmes, le seul ordre du Siam au milieu du XIXe siècle.

Dans la tradition hindouiste, l’influence des planètes sur les êtres humains est une croyance bien établie. Chaque planète peut être représentée par une pierre semi-précieuse qui attirera sur son porteur les vertus bénéfiques de l’astre correspondant. C’est pour cette raison qu’un bijou prenant la forme d’une chaîne en or sertie de neuf gemmes ou « nobharatna » différentes était utilisé dans le rituel brahmanique des cérémonies de couronnement à une époque précoce, dès le royaume d’Ayuthaya entre le 14e et le 18e siècle.

 

En 1858, le roi Rama IV décida de moderniser cet insigne exclusif en le faisant converger vers les pratiques occidentales. L’ordre des Neuf Gemmes fut créé, réservé aux membres de la famille royale dans un premier temps, puis aux seules personnes de confession bouddhiste10.

 

À l’origine, cet ordre comportait seulement une plaque de poitrine et un anneau en or lui aussi serti de pierres, à porter à l’index de la main droite pour les hommes. Un nombre de récipiendaires limité à trente fut arrêté.

 

2-3 Les insignes de fonction et de statut sous Rama IV et Rama V

Des insignes récompensant l’atteinte de hautes fonctions dans l’appareil d’état siamois (généraux de la police ou de l’armée, gouverneurs de ville ou de province, ministres….) furent conçus sous le règne de Rama IV et continuèrent d’être décernés dans les premières années du règne de Rama V. Ils se situent à la confluence de l’ordre de mérite et du symbole statutaire. Leur apparence générale et leur symbolique sont très proches des premières décorations du royaume et confirment l’essor d’un dispositif novateur de récompense par des insignes distinctifs portables sur une tenue officielle.

 

3 - 1 La première période (1861-1869) : les plaques “Dhara Chang Pheuak”

 

L’ordre de l’Éléphant Blanc fut instauré en 1861 sous l’appellation complète de « décoration des grades de l’Éléphant Blanc du Siam pour les services éminents ». Dans la pratique, cette titulature fut raccourcie sous la forme siamoise de « Dhara Chang Pheuak » ou « Étoile de l’Éléphant Blanc », bien que l’adjectif « pheuak » ne signifie pas « blanc », mais « étrange ». Cet ordre pouvait être accordé aux nationaux comme aux étrangers (avec une différence dans l’insigne), sans quota de nombre ou de restriction pour les femmes ni procédure de restitution des insignes en cas de décès. Lors de sa création, cet ordre comportait quatre classes pour les nationaux et une classe spéciale pour les étrangers :

 

- Classe spéciale : Éléphant Blanc au centre d’une grande étoile d’or à seize pointes, bordure circulaire ornée d’éclats de diamant blanc, couronne de victoire et trône.

- 1re classe : Éléphant Blanc au centre d’une étoile d’or plus petite à douze ou seize pointes, bordure circulaire ornée d’éclats de rubis et de diamant blanc, couronne de victoire, deux parasols royaux et trône.

- 2e classe : comme la 1re classe, mais avec de plus petites incrustations de pierres et sans parasols royaux.

- 3e classe : comme la 2e classe, mais l’étoile ne comporte que douze pointes et la couronne de victoire est absente.

- Classe pour étrangers : étoile à douze pointes avec Éléphant Blanc central, mais sans aucun symbole de la monarchie (couronne, parasols royaux, trône), et sans bordure de pierres précieuses. En lieu et place de la couronne sur le dos de l’Éléphant Blanc se trouve une tige verticale représentant le drapeau national sur son mât.

 

 

3 - 2 Seconde période (1869-1941) : la structuration progressive de l’ordre par de multiples réformes.

 

Au cours de la période allant de 1869 à 1941, l’ordre de l’Éléphant Blanc va connaître de nombreuses réformes de ses statuts et insignes qui vont le faire converger progressivement vers les autres ordres de mérite rencontrés en Europe à cette époque.

 

3-21 La réforme de 1869. Elle se situe lors de la période de régence qui connut de nombreux soubresauts politiques. Elle est importante du point de vue de la phaléristique, car :

- Un ordre junior, l’ordre de la Couronne de Siam, est créé pour mieux réguler un risque d’attribution trop libérale de l’Éléphant Blanc. Désormais, ces deux ordres seront coordonnés et connaîtront des évolutions à des dates similaires (insignes, rubans, statuts….).

 

- Les insignes de l’Éléphant Blanc sont complètement modifiés. Les cinq plaques de l’époque précédente sont remplacées par un dispositif à quatre classes assorties de rubans, très comparables aux insignes européens. Il comprend une plaque, une écharpe uniformément rouge et un bijou d’écharpe pour la 1re classe, une plaque plus petite et un insigne de poitrine porté sur un ruban rouge avec des rayures latérales vertes, bleues et jaunes pour la 2e classe, un insigne de cou porté sur une cravate jaune pour la 3e classe et un insigne de poitrine porté sur un ruban rouge avec rosette pour la 4e classe.

 

- Les étrangers portent les mêmes insignes que les nationaux.

 

- Un nouveau type d’insigne fait son apparition avec les plaques de 1re et de 2e classe. Il se maintiendra pendant près de quatre-vingts ans et s’appliquera par la suite à toutes les classes de cet ordre. Nous retrouvons sur cet insigne tous les éléments symboliques annoncés : grande couronne de victoire, parasol à cinq ou sept niveaux, trône, fleurs rouges et pétales verts du lotus…

 

3-22 La réforme de 1873 (deuxième couronnement du roi Rama V). Elle accélère l’homogénéité de l’ordre et sa convergence vers un système européen.

 

- Le nouveau type d’insigne apparu en 1869 est désormais utilisé pour toutes les classes.

- Une 5e classe est ajoutée aux quatre classes préexistantes.

- Un nombre maximum de récipiendaires nationaux est établi pour chaque classe : 21 pour la 1re classe, 50 pour la 2e classe, 100 pour la 3e classe, 200 pour la 4e classe et 300 pour la 5e classe. Les attributions décidées directement par le roi ne sont pas contingentées.

 

 

3-23 La réforme de 1889. Elle apporte à son tour des évolutions significatives :

 

- Le nom officiel de cet ordre devient « l’Ordre royal le plus exalté de l’Éléphant Blanc ».

- Les insignes de 2e classe sont modifiés. Ils comportent désormais une plaque de poitrine et un insigne de cou porté sur sautoir, ce dernier remplaçant l’insigne de poitrine de 4e classe qui complétait jusqu’alors cet ensemble.

- Les insignes doivent être retournés au gouvernement lorsque le récipiendaire décède ou reçoit un grade plus élevé. Ils peuvent être remboursés lorsque la restitution n’est pas possible.

- Les diplômes d’attribution sont instaurés au lieu d’une simple lettre de notification.

 

 

3-24 La réforme de 1893 (25e anniversaire du premier couronnement du roi Rama V). Elle apporte l’instauration du Grand Collier de cet ordre. Il est très difficile de savoir quelles ont été les attributions officielles de ce grade rarissime dont l’attribution relevait du seul monarque, car on ne connaît que les représentations du roi Rama V et du maréchal Phibun portant cet insigne, ainsi qu’un Grand Collier incomplet conservé en Angleterre dans les collections royales.

 

3-25 La réforme de 1902. Elle inaugure la création des médailles de l’ordre, équivalentes à une 6e et 7e classe. Ces insignes de grade or et argent servent à récompenser les hommes du rang et les sous-officiers de l’armée ainsi que les petits fonctionnaires.

 

3-26 La réforme de 1909. Elle voit la création d’un ensemble de 1re classe de classe dite « spéciale » ou « Mahaporamabhorn » qui se situe entre la 1re classe désormais « ordinaire » et le Grand Collier de 1893. On peut voir dans cette création une indication confirmant la très rare attribution confinant à la non-attribution du Grand Collier et la volonté de rehausser la 1re classe, certainement très sollicitée, mais contingentée à cette époque. Ses insignes sont très intéressants du point de vue symbolique, car ils réintroduisent l’Aïrapot tricéphale qui figurait sur les insignes précurseurs du XIXe siècle, et l’écharpe est uniformément rouge, couleur traditionnelle du drapeau du royaume. L’ordre de l’Éléphant Blanc comporte désormais neuf grades.

3-27 La réforme de 1911. Elle fait suite au premier couronnement du roi Rama VI Wajiravud survenu en novembre 1910. Elle apporte une modification à l’écharpe de 1re classe, celle-ci abandonnant sa couleur rouge uniforme pour l’aspect multicolore commun aux autres insignes de l’ordre, la seule différence portant sur la largeur des rayures latérales (étroites pour la 1re classe spéciale et larges pour la 1re classe ordinaire).

 

3-28 La réforme de 1918. Elle abroge le nombre maximum d’attributions pour les nationaux et modifie le nom thaïlandais de chaque grade.

 

3-3 Troisième période (1941 à nos jours) : les conséquences de l’entre-deuxguerres et de la Deuxième Guerre mondiale.

 

Les années 1930 voient se dérouler une succession d’événements très importants du point de vue politique. La crise économique mondiale frappe durement le pays à la tête duquel le roi Rama VII Pradjadipok couronné en 1926 ne parvient pas à contenir les forces contestataires. Un coup d’État survient en 1932 et abolit la monarchie absolue. Le roi est contraint à l’abdication en 1935 et quitte le pays. Le trône sera effectivement vacant jusqu’en 1946 malgré la nomination formelle d’un nouveau roi, un enfant de dix ans résidant en Suisse….

 

Le militarisme du maréchal Plaek Phibunsongkhram, connu sous le surnom de « Phibun » et nommé Premier ministre en 1938, ouvre une ère dictatoriale et nationaliste qui voit un fort rapprochement avec le Japon. Le pays change de nom en 1939 et s’appellera « Thaïlande » jusqu’en 1945 avant de reprendre le nom de Siam de 1945 à 1949. Des incidents militaires importants auront lieu avec la France (attaques sur le Cambodge, victoire de la marine française à Koh Chang en février 1941….).

 

La réforme d’octobre 1941 s’inscrit dans le contexte plus général de réorganisation de l’administration publique et de réduction inéluctable des manifestations protocolaires royales. L’ordre de l’Éléphant Blanc sera considérablement simplifié.

Le Grand Collier de 1893 est aboli11.

 

- Les insignes sont modernisés et simplifiés. Ils sont restés inchangés à ce jour, mais comportent toujours les éléments symboliques des premières années : Éléphant Blanc, couronne de victoire, fleurs rouges et vertes, bourgeons stylisés de lotus en couronne périphérique….

- Un ruban spécifique pour les femmes est créé. Il prend la forme d’un noeud papillon qui s’accorde à partir de la 2e classe.

 

Conclusion

 

Lors de sa création en 1861, l’ordre de l’Éléphant Blanc était le seul ordre de mérite du royaume, car l’ordre des Neufs Gemmes était simplement hors d’atteinte du fait de ses critères trop exclusifs.

 

Au fil du temps, de nombreuses autres distinctions de rang élevé ont été créées, au détriment de l’importance et de la lisibilité de l’ordre de l’Éléphant Blanc : ordre de la Couronne de Siam (1869), ordre royal de Chula Chom Klao (1873), ordre de la Maison Royale de Chakri (1882), ordre du Ratana Varabbhorn (1911), ordre de Rama (1918), ordre de Direkgunabhorn (1991).

 

L’ordre de l’Éléphant Blanc n’occupe plus que la septième place dans le protocole des distinctions honorifiques, car tous les autres, à l’exception de l’ordre de la Couronne de Siam, l’ont supplanté. Cependant, son histoire riche et complexe, sa symbolique qui puise ses racines aux tréfonds de la culture siamoise et les innombrables variétés de production des insignes qui ont parfois été réalisés par des ateliers siamois ou étrangers prestigieux en font un inépuisable sujet d’étude et de collection que ces quelques pages ne peuvent couvrir que de manière très partielle.

 

 

Bibliographie

 

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BLASS E., Die Orden und Ehrenzeichen von Thailand, KRFOE Verlag, sans date, vers 1980

GALLAND Xavier, Histoire de la Thaïlande, Éditions des Presses universitaires de France, collection Que sais-je ?, 1998

GREHAN Théodore Amédée Albert, Le Royaume de Siam, Editions Challamel Ainé, Paris, 1869

JACQ-HERGOULAC’H Michel, Le Siam, Éditions Les Belles Lettres, 2004

MUSÉE DE LA LÉGION D’HONNEUR, Honneur et Gloire – Les Trésors de la collection Spada, Paris, 2008

OFFICE OF THE PRIME MINISTER – Secretariat of the Cabinet, Royal Thai orders and decorations, Darnsutha Press Co Ltd, Bangkok, 1re édition 1980 et 2e édition 1993

PLION Raymond, Fêtes et cérémonies siamoises, Firmin Didot Éditeurs, Paris, 1935

QUARITCH WALES Horace Geoffrey, Siamese state ceremonies, Bernard Quaritch Editions, London, 1931

RINGIS Rita, Elephants of Thailand in myth, art and reality, Oxford University Press, Kuala Lumpur, 1996

SUPANAWAKIJ Sawana, Thai royal decorations, Silver Press Advertising,

Bangkok, 1979

TERWIEL B.J, Thailand’s political history, River Books, Bangkok, 2005

WRIGHT Arnold, Twentieth century impressions of Siam, Lloyd’s Greater Britain

Publishing Co Ltd, 1908

 

Sources iconographiques

 

Photographies n° 11, 12, 13, 14, 17: OFFICE OF THE PRIME MINISTER – Secretariat of the Cabinet – Royal Thai orders and decorations

Autres photographies : collections privées.

 

NOTES DE BAS PAGES

 

  1. Le nom « Siam » fut utilisé pour désigner ce royaume jusqu’en 1939 puis de 1945 à 1949. Le nom « Thaïlande » a été utilisé de 1939 à 1945 et sans discontinuité depuis 1949.

 

  1. Le titre « Rama » suivi du rang numéral du monarque de la dynastie Chakri ne fut adopté de manière rétroactive qu’en 1916, dans un fort contexte nationaliste, en hommage au roi guerrier de la tradition indienne.

 

  1. Le plus influent d’entre eux fut certainement l’évêque français Jean-Baptiste Pallegoix avec lequel Mongkut entretenait de cordiales relations. Ce prélat fut le tuteur de Mongkut dans des disciplines comme les mathématiques, l’astronomie et le latin.

 

  1. Son rôle de promoteur de la langue anglaise à la cour de Siam par l’entremise de la tutrice Anna Leonowens fera plus tard les délices des metteurs en scène de Broadway et d’Hollywood dans « The King and I ».

 

  1. Il s’agit de sa deuxième cérémonie de couronnement, la première ayant eu lieu lors de sa proclamation en novembre 1868.

 

  1. Citons par exemple le juriste belge Rolin-Jaequemyns qui joua un rôle très important dans la modernisation du système judiciaire, des transports et des postes. Il avait un statut équivalent à celui d’un ministre à la cour de Siam.

 

  1. Le récent attentat de Bangkok s’est déroulé sur le sanctuaire dédié à Erawan, en plein centre de la ville et à une heure d’affluence. Le lourd bilan qui en résulte témoigne aussi de la ferveur du culte qui lui est rendu.

 

  1. Actuellement conservés et exposés au pavillon numismatique du Grand Palais de Bangkok.

 

  1. Le parasol à sept niveaux symbolisait le roi à cette époque. Ce symbole passera à neuf niveaux par la suite.

 

  1. Constituant la seule décoration moderne du Siam à cette époque, cette distinction fut remise à Napoléon III, malgré ses critères d’éligibilité et avec de nombreux autres objets précieux, lors de l’ambassade de juin 1861 à Fontainebleau. Les autorités françaises l’ont assimilée à un simple « cadeau » et non à une remise formelle de décoration, position opposée à celle des autorités siamoises qui font toujours référence à cette cérémonie comme une attribution sans précédent dans l’histoire de cet ordre.

 

  1.  Curieusement, le maréchal Phibun, promoteur de cette réforme et nourrissant peu de sympathie pour la monarchie qu’il avait réduiet à l’impuissance, l’arborait sur de nombreux clichés photographiques de l’époque. Les modalités d’attribution de ce Grand Collier à ce personnage ne sont pas très claires.