Les marques de fabricants sur les plaques d’ordres de chevalerie en métal fabriquées à Paris 1815-1870

3ème Partie : 1849-1870 

 

 

Jean-Luc Guitera

 

 

 

 

 

NB : Cet article n’aurait pas été possible sans les travaux de Jeffrey R. Jacob[1] et du professeur Gustav R. Tamman qui ont largement défriché le terrain et que je tiens à remercier.

 

 

La seconde République et le second Empire sont marqués par la diminution des fabrications françaises d’ordre étranger, à l’exception des Etats ne remettant que le brevet aux récipiendaires (Portugal et Espagne), des quelques Etats remettant encore des plaques en cannetilles (notamment les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Bavière et la Saxe pour certains ordres), et de certains Etats dont les fournisseurs officiels sont français (Grèce, Brésil). Sont également fabriquées des plaques pouvant servir de soit de plaque de remplacement quand la plaque principale a été perdue (Ill. 1 et 2), soit de deuxième plaque quand le récipiendaire désirait avoir un deuxième exemplaire (cas devant être assez exceptionnel si l’on se base sur la composition des groupes d’ordres ayant appartenu à un seul récipiendaire et ayant été conservés intacts).

 

De même que sous la monarchie de Juillet, les nouveaux récipiendaires de la Légion d’honneur reçoivent des plaques fabriquées par Ouizille-Lemoine, la majorité des fabrications de notre ordre national faites par des joailliers autres que Ouizille-Lemoine concernait des personnes décorées avant les changements de régime et devant, à leur frais, soit acheter de nouvelles plaques, soit faire transformer des anciennes.

 

Comme dans mes deux premiers articles, après avoir brièvement traité de l’évolution des techniques de fabrication de plaques, je passerai en revue les principaux fournisseurs ainsi que leur marque de fabrique (hors poinçon).

 

[1] Jeffrey R. Jacob « Court Jewellers of the World”, Postgraduate international inc, USA, 1978

 

Evolution des techniques de fabrication et de marquage des plaques en métal.

 

Les changements apparus sous la monarchie de Juillet (forme en étoile « diamantée » des plaques, adoption des crochets latéraux courts et busqués, étiquettes en métal au revers des plaques) se généralisent dans cette période. Les plaques ne portant pas d’étiquette en métal sont néanmoins parfois poinçonnées du poinçon de l’orfèvre (en forme de losange), en plus du poinçon à la tête de sanglier, soit sur l’épingle de fixation, soit sur le crochet d’arrêt de celle-ci. Les plaques sont de caractère plus massif que celles de la période précédente, amorçant l’évolution qui conduira aux plaques ayant presque un centimètre de hauteur vers 1900.

 

 

Les fabricants actifs sous la Restauration et leur marque

 

Ouizille-Lemoine

 

Les étiquettes en métal apparaissent vers 1850 au revers des plaques de cette maison qui est reprise par Victor Lemoine.

 

Ces étiquettes vont être successivement :

 

De 1850 à probablement 1854 : « OUIZILLE LEMOINE / JOAILLIERS BIJOUTIERS/ DE LA LEGION D’HONNEUR / RUE DU BAC N°1 / PARIS » (Ill 3 et 4)

 

  • De 1854 à probablement 1864 : « OUIZILLE LEMOINE / LEMOINE / FILS SUCCr / JOAILL DE LA LEGION / D’HONNEUR / 1 RUE DU BAC / PARIS »
  • A partir de 1864 environ : « OUIZILLE LEMOINE / LEMOINE FILS SUCCr / JOAILLIER DE LA LEGION / D’HONNEUR / RUE DUPHOT N°7 / PARIS » (Ill. 5 et 6).

 

Lemaître

 

François-Hyppolite Lemaitre reste au 27 rue des Bons enfants jusque vers 1852 ou il déménage au 42 rue Coquillière (Ill. 8 et 9), cette adresse devenant le 40 rue Coquillère (Ill. 10 et 11) vers 1854 ou 1860. On trouve des étiquettes avec les deux adresses qui pourraient avoir été utilisée de manière simultanée

Edmond Lemaître succède à son père en 1865, sans changement dans les étiquettes de cette maison.

 

 

Chobillon

 

Etienne Millet exerce jusqu’en 1851 au 20 Rue Croix-des- Petits-Champs, date à laquelle il cède son affaire à François-Jules Chobillon qui reste la même adresse, devenant le 16 la même année à la suite d’une re-numérotation de la rue.

 

On connait deux plaques signées de lui, une plaque de la Légion d’honneur et une plaque de l’ordre de François Ier des Deux-Siciles. Son étiquette, de forme ovale, comporte une représentation de l’avers et du revers de la médaille reçue lors de l’exposition universelle de 1855 et le texte : « EXPOSITION UNIVERSELLE / CHOBILLON / PARIS / N°16 / R. CROIX DES PETITS CHAMPS » (Ill. 12 et 13).

 

 

Halley

 

Louis-Georges Halley est installé depuis 1845 au Palais-Royal, 143 Galerie Valois  au 2ème étage, son étiquette de 1845 à 1855/6  étant de forme ovale avec l’inscription "PALAIS ROYAL / Grie VALOIS . PARIS / 143 / HALLEY / Fc D'ORDRES » (cf article précédent).

 

Il remporte une médaille lors de l’exposition universelle de 1855, et devient fournisseur officiel de Napoléon III (1853) et du roi de Portugal (1854). Son étiquette devient alors très élaborée, en forme de losange très orné, avec aux quatre coins le blason de l’Empire (en haut), celui du royaume de Portugal (à droite), la Légion d’honneur (en bas) et le blason du royaume d’Espagne (à gauche), et au milieu le texte « HALLEY / 143 Gie VALOIS 143 / PALAIS ROYAL » (Ill 14 et 15).

 

Octave Lasnes rachète la maison Halley en 1859, mais l’étiquette reste inchangée jusqu’en 1867 où l’adresse au milieu du losange change et devient « 5 Ge. MONTPENSIER. 5 »

 

 

Kretly

 

Cette maison est situé au palais-Royal, 46 Galerie Montpensier. Elle est apparue en 1846 dans la catégorie des passementiers (qui, entre autres choses, vendaient sous leur marque des ordres fabriqués par des bijoutiers spécialisés), venant à la suite d’autres maisons - du même type - implantées à cet endroit (Cailloué puis Loyseleur puis Letellier). La production d’ordres par cette maison n’a commencé qu’en 1865, année où Marie Louis Auguste Kretly, fils du fondateur, a fait insculper son poinçon de maîtrise.

 

Son étiquette est de forme ovale avec le texte " N°46 / KRETLY/ PALAIS ROYAL / PARIS» (Ill 16 et 17).

 

 

 

Fayolle puis Briquet

 

LF (ou LT) Fayolle a été actif de 1844 à 1862, vendant son affaire à E Briquet à cette date, sa maison étant établie au Palais Royal, 180 Galerie de Valois. Il n’est pas certain qu’il ait été fabricant d’ordres (il ne figure pas sous cette qualité dans les annuaires commerciaux de l’époque).

 

On ne connaît pas de plaque portant une étiquette de Fayolle.

 

On en connaît 2 de Briquet :

 

Une plaque de la Légion d’Honneur d’un modèle inspiré du premier Empire et que l’on trouve avec des étiquettes de divers fabricants. Celle de Briquet est de forme ovale avec « MAISON FAYOLLE / N°180 / BRIQUET Surs / .PARIS. / PALAIS ROYAL GALie DE VALOIS » ;

 

Une plaque de Santa Rosa de la civilisation du Honduras avec une étiquette de forme ovale marquée « PALAIS ROYAL / MAISON FAYOLLE / F.BRIQUET / Surs / 180 GALie DE VALOIS 180».

 

 

Billard

 

François Billard a fondé son entreprise en 1860, étant d’abord localisé 7 passage du grand cerf, puis à partir de 1864 4 rue du Bouloi. Il a obtenu une médaille lors de l’exposition universelle de 1867.

 

On connaît de lui des plaques de l’ordre du Lion et du Soleil portant une étiquette de forme ovale avec « 4 RUE DU BOULOI / BILLARD/ FABRICANT/ PARIS».

 

Divers

 

Il existe également un certain nombre d’orfèvre ou de revendeur dont on voit parfois apparaître les noms mais qui ne sont pas donnés comme fabricants d’ordres  dans les annuaires :

 

Boullanger :  Il ne produisait pas mais commercialisait des plaques fabriquées par d’autres.  Son adresse sous le second Empire est 29 rue des Bons-Enfants, mais l’on ne connaît pas de pièce portant une étiquette avec cette adresse. Il a déménagé au 24 rue de la Paix en 1871.

 

Paul Stopin : Cette maison est située au Palais-Royal. Elle est apparue en 1846 dans la catégorie « chapeliers, équipements militaires, fourbisseurs d’armes » (qui, entre autres choses, vendaient sous leur marque des ordres fabriqués par des bijoutiers spécialisés). On connaît de lui une plaque de l’ordre du Christ du Vatican portant une étiquette en forme d’octogone allongé ayant au centre « PALAIS ROYAL / 231 / P.STOPIN / ORDRES / FRANÇAIS & ETRANGERS» (Ill. 18 et 19).

 

 

Lapar : On connaît de lui une plaque de la Légion d’Honneur d’un modèle inspiré du premier Empire et que l’on trouve avec des étiquettes de divers fabricants. Son étiquette est de forme ovale ayant au centre « LAPAR/ ORFEVRE / JOAILLIER BIJOUTIER » et autour « RUE DE LA PAIX N°2  PARIS » (Ill.20 et 21).

 

 

François Hérard : Son poinçon est insculpé en 1865 avec comme adresse 2 rue du Bouloi (à côté de Billard..) et comme activité « fabrication d’ordres ». On ne connaît pas de pièces signées de lui.

 

 

 

PS : Tous mes remerciements à Jean-Christophe Palthey qui a bien voulu effectuer la re-lecture « phaléristique » de cet article.